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 SUR LA LISIÈRE

Louise Decruck développe un système transdisciplinaire où les œuvres, les séries, les mediums s'interpénètrent. À partir de ce protocole, elle construit un corpus arborescent où des représentations en suspend interrogent les formes, le temps et les mécanismes de la (ré)invention, de la domination, de l’émancipation, de l’oubli, de l’aveuglement et du doute.

Chacune de ses oeuvres est un scénario inachevé - incertain - organisé en un bloc complexe et intriqué qui opère par agglomérations  successives pour conditionner les possibles au doute. Les frottements, les frôlements, les perméabilités, les rétroactions et les états contradictoires s'y additionnent et y prolifèrent.

Erigeant en règle le porte à faux pour défier les apparences, l'artiste brouille sans cesse les pistes. Refusant le spectaculaire, elle déambule à l’intérieur de gestes et de constructions combinatoires - usant d’effets ping-pong, boomerang et miroirs - entre états, médiums, participants et œuvres. Elle y ajoute un effet de "manque" qui créé des univers où le vide est palpable et où ce qui est absent fait autant sens que ce qui est visible. Dans ces ensembles sans début ni fin où les temps, les états et les gestes se superposent, elle nous incite  et parfois nous oblige à prendre position

Elle nous plonge ainsi au coeur d'oeuvres dérangeantes, polymorphes, construites sur des narrations non linéaires où la puissance du choix, la capacité d'émancipation, l'impossibilité d'échapper à l'ici et maintenant et l'infinité des possibles règnent sans partage. D'autres questions hantent l'oeuvre comme celle de la vérité de la représentation, ou encore celle de la (re)structuration possible du récit et de la forme dans le temps de leur énonciation.

En nous faisant traverser ses entrelacements, Louise Decruck nous entraine dans la quête de la forme première, du geste initial, du facteur déclenchant pour dessiner les contours de vérités constamment modifiables. Un jeu de mises à mort et de renaissances successives, qui ne dit jamais qui gagne et qui perd. L'artiste y répète à l'infini que le temporaire est la seule forme de représentation possible du réel et nous fait arpenter avec elle l’éternité des lisières entre « l’instant d’avant » et « l’instant d’après ».